odon
Présentation de l’artiste

Présentation de l’artiste

Guy Houdouin dit odon

(1940 Le Mans – 2017 Nogent-sur-Marne)

Guy Houdouin est qualifié tour à tour de dessinateur, peintre, graveur, sculpteur. Il est surtout un grand artiste dont la vie bascule le jour où il est frappé d’un accident cardio-vasculaire. Son œuvre évolue alors vers une sérénité affirmée, reflet de sa grande spiritualité, bien éloignée de l’inquiétude des premiers travaux.

En 1997, il devient odon, anagramme de nodo qui veut dire nœud en italien. Sa création s’oriente vers le tressage, technique ancestrale dont il fait sa propre interprétation dans une gestuelle très personnelle et codifiée, où le chiffre tient une place prépondérante. Il tresse le papier kraft, matière ordinaire. Et sous ses mains naissent des œuvres parfois sculpturales, qui mêlent essentiellement les trois couleurs primaires, couleurs pures à la lumière.

1er novembre 1940 : Naissance au Mans de Guy Houdouin où il passe son enfance.

1956 : À 16 ans, il est reçu à l’École des Beaux-Arts d’Angers. Il y rencontre Colette Tessier, une autre élève, qui deviendra son épouse.

1961 : Diplôme de graveur à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Il devient professeur d’Arts Plastiques dans le Maine et installe son atelier au Mans, dans une école désaffectée.

1962 : Premier voyage en Italie avec Colette, qu’ils poursuivent jusqu’en Grèce. Découverte des mosaïques de Ravenne et de la Biennale de Venise.

1963 : Naissance de Céline-Marie, leur unique enfant, disparue à l’âge de 35 ans.

1964 : Voyage en Espagne ; il est interpellé par les peintures de Le Gréco et Vélasquez. Il échange avec Salvador Dalí à Cadaquès.

1968 : Voyage au Maroc, rencontre avec le désert et l’infini.

1971 : Premier voyage à New York.

Il rencontre les nouveaux réalistes venus d’Europe et notamment l’artiste franco-américain Arman connu pour ses « accumulations » et Bengt Lindström peintre lithographe suédois qui marquera sa pratique. Il y rencontre aussi Mohamed Omar Khalil, qui sera son premier imprimeur.

1974 : Itinérance dans le Sud de la France et à l’étranger (Italie, Belgique, États-Unis, Suède, Norvège).

1975 : Il représente la France à l’exposition « Jeunes artistes » de New York.

1976 : Installation à Nogent-sur-Marne, dans une ancienne imprimerie. Apparition du tressage dans l’œuvre de l’artiste.

1977 : Premier voyage en Inde.

1984 : Deuxième voyage en Inde et visite des moulins à papier : le matériau devient essentiel à ses tressages.

1985 : Le 15 mars, accident cardio-vasculaire. Guy Houdouin reçoit des soins intensifs pendant toute une année et suit une rééducation fonctionnelle, principalement par la vannerie.

1997 : Guy Houdouin devient « odon ». Nom polysémique qui évoque l’ode (la poésie) et le don (la générosité), anagramme de nodo en italien, qui signifie « nœud ».

2001 : Voyage à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) où odon travaille avec les vanniers kanaks. Il est marqué par la dimension universelle de son geste de « vannier de papier ».

2002 : Prix de l’Académie du Maine.

2007 : Fréquents séjours à l’hôpital Bégin et au Val-de-Grâce à Paris. odon est contraint de réduire ses voyages. Il continue à travailler quotidiennement dans son atelier.

Il est fait Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

2017 : odon meurt le 6 avril, deux jours avant l’inauguration d’une exposition, « Couleurs et murmures » présentée à Menton.

« odon nous a quittés le 6 avril 2017,  alors que s’ouvrait sa dernière exposition à Menton. Il a trouvé la Paix et la Lumière à jamais. Il est auprès de Céline. Dans le silence, son œuvre nous parle de la vie et de la beauté en toute éternité. »

Colette Houdoin son épouse

détail d’une photographie de Cathy Specht.

Repères sur quelques séries des oeuvres de l’artiste :

Les grands bleus (1971-1975)

Les « grands bleus » sont marqués par la présence de larges aplats de couleur, qui contrastent fortement avec les personnages en action autour des bandes de papier en volume. Ils semblent ainsi détruire la composition de l’intérieur. Les « créatures d’odon » sont situées en arrière-plan du tableau.

Ces œuvres évoquent la disparition progressive des figures humaines et l’apparition de l’usage de couleurs pures.

Les boîtes (1972 – 1976)

Après un travail pictural où l’angoisse marque fortement son œuvre, une transition s’opère avec les boîtes. Ces œuvres marquent le début d’un travail en relief avec des essais de tressage. Le rôle du papier évolue : de support il devient objet. L’artiste abandonne petit à petit la figuration pour approfondir sa recherche artistique sur les textures et les matériaux.

Tressages (1978-1994)

Le tressage du papier répond à une technique très précise et méthodique : elle s’ordonne en mouvement circulaire. Les visages centraux ont disparu pour laisser place à un centre tantôt vide ou plein. Fruit d’un long travail de patience, ses œuvres de kraft peints, découpés et tressés sur table conduisent vers un autre monde coloré. Le geste doit être précis et délicat, le matériau étant fragile. La démarche artistique est profondément liée à une spiritualité intense et méditative : odon interroge la vie et tisse le temps.

Étoiles (1985-1987)

Après son accident cardio-vasculaire, odon sort de l’hôpital affaibli et cesse l’enseignement pour se consacrer entièrement à son art. Ne pouvant plus travailler de la main droite, il compose désormais des étoiles, faites de papier entrelacé. Volontairement composées de sept branches, elles sont pour odon un symbole de l’infini.

Véritable tournant dans sa pratique artistique, ces œuvres illustrent un aspect plus brut de son travail et donne une impression de « volume sauvage », identifiable par les papiers entourant pêle-mêle l’étoile.

Colibris (2015-2016)

Produits sur la fin de sa vie, les Colibris sont composés comme les Étoiles de papier plié et natté. On retrouve les couleurs primaires, chères à odon. Légers et aériens, ils sont à l’image de l’oiseau dont ils portent le nom. À l’issue de son accident, odon rêve fréquemment qu’il devient oiseau et prend son envol, retrouvant ainsi la légèreté et l’idée d’infini qui comptaient tant pour lui.

Gravure – Estampage

odon obtient en 1961 son diplôme de graveur à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Élève du graveur Paul Guimezanès (1916-2001), il sort premier au classement national et pratique alors la gravure en taille-douce.

Fidèle toute sa vie à la technique de l’estampe, odon adopte, dès 1978, une technique qui devient sa marque de fabrique : le tressage. Son geste, inspiré de la vannerie apprise lors de sa rééducation, s’impose comme caractéristique principale de sa démarche. Il emploie comme matrices des tressages de différentes matières (kraft, papier, métal) qui, teintés et pressés, s’impriment sur le papier. L’œuvre finale ainsi obtenue est un « estampage » de son tressage, devenu à la fois œuvre et matrice.

Odon travaille avec des graveurs de renoms comme Dominique Guibert de l’atelier Dutrou à Paris, l’imprimeur de l’artiste Pierre Alechinsky.

Tressages Très sages (2016)

Ces réalisations sont le reflet, comme l’énonce le titre, d’un homme joyeux qui a cherché toute sa vie les vertus de la patience et de la sagesse. Confectionnées en papier peint recto-verso, elles sont tissées par la main d’odon. Colorés, dynamiques et apparemment simples, ces tressages appartiennent aux dernières œuvres de l’artiste et sont l’aboutissement d’un travail de recherche sur la texture et les couleurs.